Thérapie et confiance en soi : c’est du bullshit ?

Thérapie et confiance en soi, donc. Si tu es arrivé·e ici, il y a de grandes chances que tu cherches une thérapie pour avoir plus confiance en toi. Peut-être que tu doutes beaucoup de toi, que tu as peur du regard ou du jugement des autres, que tu ne te sens pas toujours légitime, que tu n’oses pas prendre ta place, t’affirmer ou poser tes limites.

Peut-être que tu aimerais réussir à dire non sans culpabiliser, prendre la parole sans perdre tous tes moyens, montrer ce que tu fais sans être paralysé·e par la peur de te planter. Ou simplement pouvoir davantage compter sur toi.

Bref, il y a quelque chose que tu aimerais voir bouger. Et peut-être que tu mets aujourd’hui tout ça derrière cette grande expression : « je veux avoir plus confiance en moi ».

Ça tombe bien, c’est une demande que je connais plutôt bien : j’accompagne depuis 2017 des personnes qui viennent me parler de leurs doutes, de leurs peurs, de la place qu’elles n’osent pas prendre ou des choses qu’elles ne s’autorisent pas à faire.

Et pourtant, quand ma consultante SEO (coucou Steffi) m’a annoncée qu’il y avait une opportunité de référencement autour de « thérapie confiance en soi », ma première réaction a été :

« Rho non putain. La thérapie et la confiance en soi… c’est du bullshit. »

Bon.

Évidemment, c’est un peu plus compliqué que ça. Je te décortique ça.

TL;DR : En bref : oui, une thérapie peut aider à retrouver confiance en soi. Mais pas forcément en essayant de « renforcer sa confiance » directement. Le travail consiste plutôt à comprendre ce qui se cache derrière ce manque de confiance, dans quelles situations il apparaît, ce qui l’a construit ou le maintient, et ce que tu aimerais concrètement rendre possible dans ta vie.

 

Thérapie et confiance en soi : de quoi parle-t-on vraiment ?

« Je n’ai pas confiance en moi”. Et bien… si je devais faire un bingo des phrases que j’entends le plus dans mon métier d’accompagnante, celle-ci serait probablement au milieu de la grille.

Elle est partout. Derrière des difficultés à prendre la parole, à dire non, à poser ses limites, à se lancer, à montrer ce qu’on crée, à prendre une décision, à demander quelque chose ou à prendre sa place.

À force, « je manque de confiance en moi » finit presque par devenir une explication multi-pass Leeloo Dallas.

Sauf que « manquer de confiance en soi » ne nous dit finalement pas encore grand-chose sur ce qui coince, concrètement pour toi.

Et c’est précisément là que moi, ça commence à m’intéresser.

La confiance en soi n’est pas une jauge intérieure

On parle souvent de la confiance en soi comme d’une espèce de réserve intérieure. Certain·es en auraient beaucoup, d’autres pas assez. Et le travail thérapeutique consisterait à faire – tant bien que mal – remonter la jauge.

Sauf que tu peux prendre la parole sans problème devant cinquante personnes et perdre tous tes moyens face à ta manager. Te sentir parfaitement légitime dans ton travail et incapable de poser une limite à un proche. Montrer ton corps sans difficulté et cacher tout ce que tu crées par peur du jugement.

Alors, est-ce que tu as confiance en toi ou pas ?

À mes yeux, la question n’est pas très intéressante posée comme ça. Elle transforme facilement une difficulté située en caractéristique personnelle : « je le sais, je le sens, je suis quelqu’un qui manque de confiance en soi ».

Je préfère regarder la confiance comme quelque chose de vivant, qui se construit, se renforce ET se fragilise dans des situations, des relations et des expériences concrètes.

Autrement dit, plutôt que de chercher ce que tu « es », on peut commencer par regarder ce qui se passe vraiment. Et donc, par quoi ce fameux « manque de confiance » peut se manifester concrètement.

Quels sont les « symptômes » d’un manque de confiance en soi ?

Si tu cherches les signes d’un manque de confiance en soi, tu trouveras souvent les mêmes choses : difficulté à prendre la parole, peur du regard des autres, besoin de validation, difficulté à dire non ou à poser ses limites, tendance à se dévaloriser, à beaucoup douter de ses décisions, à éviter certaines situations ou à ne pas oser se lancer.

Tout ça peut effectivement signaler que ta confiance en toi n’est pas au top.

Mais aucun de ces signes ne veut dire, à lui seul, « tu manques de confiance en toi ».

Tu peux avoir du mal à dire non parce que tu doutes de ta légitimité. Mais aussi parce que tu as appris que poser une limite pouvait mettre une relation en danger. Tu peux ne pas oser prendre la parole parce que tu as peur d’avoir l’air bête. Mais aussi parce que tu as déjà été humilié·e quand tu l’as fait.

C’est pour ça que la liste des « symptômes » ne m’intéresse finalement que si elle nous permet d’aller regarder derrière.

Quand le manque de confiance en soi devient une explication un peu trop pratique

Ça me fait penser à une situation vécue avec mon fils cet été.

Il prenait des cours particuliers de natation et, séance après séance, progressait assez peu. L’explication de son maître-nageur revenait régulièrement à me dire: « Votre fils manque de confiance en lui. » Il était trop réservé. Il fallait qu’il ose davantage.

Et pendant un moment, j’ai pris cette explication telle quelle. Après tout, mon fils est effectivement plutôt réservé et prudent. Peut-être qu’il avait simplement besoin de prendre confiance.

Jusqu’au jour où, en sortant d’un cours, du haut de ses 7 ans, il s’est énervé : « Il arrête pas de dire que je n’ai pas confiance en moi, mais lui aussi, il m’explique super mal ! »

Et là, quelque chose s’est remis à l’endroit.

Parce qu’effectivement, le maître-nageur lui montrait les mouvements une seule fois depuis le bord du bassin, n’allait jamais dans l’eau avec lui et était régulièrement occupé à discuter avec ses collègues pendant le cours.

Mon fils m’a dit très clairement que s’il reprenait des cours, il voulait quelqu’un dans l’eau avec lui, qui lui montre vraiment les mouvements.

Peut-être qu’il manquait de confiance en lui. Je ne peux pas l’exclure.

Mais peut-être qu’il manquait aussi de confiance en son maître-nageur.

Et ça change sérieusement la lecture de la situation.

Parce qu’à partir du moment où on avait décidé que « le problème, c’est son manque de confiance en lui », on n’avait presque plus besoin de regarder ce qui se passait autour de lui : la pédagogie utilisée, l’attention qu’il recevait (ou pas), la relation avec son maître-nageur ou tout simplement ce dont lui avait besoin pour apprendre.

Une difficulté très concrète dans une situation donnée était devenue une caractéristique de mon fils.

Et c’est exactement pour ça que, face à un « manque de confiance en soi », j’ai surtout envie d’aller voir ce qu’il raconte.

Plus de confiance en soi : où, quand, avec qui et pour faire quoi ?

Si tu arrives à notre première séance en me disant « je viens en thérapie pour avoir plus confiance en moi », il y a donc de grandes chances pour que je commence à t’embêter avec des questions. En même temps, poser des questions, c’est ma spécialité.

Où est-ce que tu sens ce manque de confiance ? Avec qui ? Depuis quand ? Est-ce toujours pareil ? C’est quoi le truc qui t’empêche d’avoir confiance en toi ? Y a-t-il des endroits où tu te sens au contraire très solide ? Qu’est-ce que tu n’oses pas faire aujourd’hui ? Qu’est-ce que tu voudrais dire, tenter, refuser, demander, montrer ou défendre ?

Et surtout : qu’est-ce qu’avoir davantage confiance en toi rendrait possible dans ta vie ?

Parce que là, on commence à avoir quelque chose à travailler.

« Je veux avoir confiance en moi » peut devenir « je veux réussir à dire non à ma manager sans passer les trois jours suivants à me demander si j’ai fait une connerie ». Ou « je veux montrer ce que je crée sans attendre d’être certaine que tout le monde va aimer ».

Ce n’est plus tout à fait le même chantier.

Je pense par exemple à Carine, que j’ai accompagnée pendant une période où elle traversait beaucoup de doutes professionnels.

Dans son témoignage, elle raconte qu’à l’issue de notre travail, elle se sentait « plus confiante ». Mais entre les deux, on n’a pas passé nos séances à essayer de faire monter son niveau de confiance en elle.

On a travaillé à retrouver ses repères, à questionner certaines croyances, à lui permettre de davantage s’affirmer et à redéfinir une pratique professionnelle plus alignée avec qui elle était.

« Je manque de confiance en moi » nous donne donc au final un point de départ. Maintenant, il faut découvrir ce qui coince vraiment et surtout ce que tu veux rendre possible pour toi dans ta vie. C’est là que l’enquête commence.

Est-ce qu’une thérapie peut aider à retrouver confiance en soi ?

Oui. Évidemment que la thérapie peut aider à retrouver confiance en soi.

Mais maintenant qu’on a commencé à ouvrir la grosse boîte « manque de confiance », tu te doutes que je vais ajouter quelques nuances.

Une thérapie peut t’aider à comprendre comment certaines façons de te voir, de douter de toi ou de te protéger se sont construites. Elle peut aussi t’aider à identifier ce qui les maintient aujourd’hui et, surtout, à chercher ce qui pourrait commencer à bouger.

Le but n’est donc pas seulement de comprendre pourquoi tu manques de confiance en toi. C’est de comprendre comment ce que tu appelles aujourd’hui ton « manque de confiance » continue à se fabriquer dans ta vie – et ce qui pourrait commencer à le transformer.

Parce qu’au fond, ce qui m’intéresse n’est pas tellement que tu puisses un jour cocher la case « j’ai confiance en moi ». C’est que tu retrouves davantage de liberté dans ce que tu peux faire, dire, tenter, refuser, créer ou défendre. En résumé : agrandir tes possibilités d’action.

Thérapie et confiance en soi : comprendre son histoire personnelle reste important

Je n’ai aucune envie de jeter ton histoire personnelle avec l’eau du bain du développement personnel.

Ce que tu as vécu compte, obviously.

Les relations dans lesquelles tu as grandi comptent. Les expériences qui t’ont blessé·e ou fragilisé·e comptent. Les croyances que tu as construites sur toi-même comptent. Les moments où tu as été encouragé·e, soutenu·e et cru·e (ou pas justement) comptent aussi.

En accompagnement, revenir sur ces histoires peut permettre de comprendre pourquoi certaines situations viennent aujourd’hui appuyer exactement là où ça fait mal.

Pourquoi une remarque te fait douter pendant trois jours. Pourquoi le conflit te terrorise. Pourquoi tu as appris à te faire tout·e petit·e. Pourquoi être visible te semble dangereux.

Comprendre tout ça peut déjà déplacer beaucoup de choses.

Mais j’ai un problème quand toute l’explication finit systématiquement “à l’intérieur” de la personne.

Mais la confiance en soi n’est pas seulement une histoire entre soi et soi

Parce que tu ne construis pas ta confiance en toi seul·e dans une grotte.

Tu la construis dans une famille, des relations, un travail, des institutions. Et depuis une certaine place dans la société.

Ton genre, ta classe sociale, ta couleur de peau, ton handicap ou non, ton orientation sexuelle ou ta situation financière ne déterminent pas à eux seuls ta confiance en toi. Mais ils ne sont pas neutres non plus.

Par exemple, nous ne recevons pas toustes les mêmes messages sur notre légitimité à parler fort, prendre de la place, nous mettre en colère, dire non ou contester l’autorité.

Et surtout, nous ne risquons pas toustes la même chose en le faisant.

Dire à quelqu’un « il faudrait que tu t’affirmes plus » sans regarder ce que cette affirmation peut réellement lui coûter, c’est passer à côté d’un sacré morceau du problème.

Si tu n’oses pas dire non à ta manager, ton histoire personnelle compte. ET ton contrat précaire, ta dépendance financière ou le pouvoir réel de ta manager sur ton avenir professionnel comptent aussi.

Bref : fuck l’individualisation de la confiance en soi.

Repolitiser nos difficultés, ce n’est pas nier notre histoire personnelle. C’est refuser de transformer systématiquement en défaillance individuelle ce qui se fabrique aussi dans nos relations et les systèmes auxquels nous appartenons.

Le problème n’est pas toujours que tu n’arrives pas assez bien à prendre ta place. Parfois, il faut aussi regarder comment les places sont distribuées. Et forcément, tout ça change aussi un peu la question de la thérapie à choisir pour travailler sur sa confiance en soi.

Quelle thérapie choisir pour travailler sa confiance en soi ?

J’aimerais pouvoir te répondre qu’il existe UNE méthode particulièrement efficace ou une thérapie miracle à privilégier. Mais après bientôt dix ans à accompagner des personnes, la méthode n’est franchement pas le premier critère que je regarderais.

Parce que derrière « je manque de confiance en moi », on vient de le voir, peuvent se cacher des réalités très différentes. Il n’y a donc pas, à mes yeux, une thérapie de la confiance en soi qui fonctionnerait pour tout le monde.

Je serais surtout attentive à deux choses.

1. L’alliance thérapeutique

Derrière ce grand mot, il y a quelque chose d’assez simple : la relation que tu vas construire avec la personne qui t’accompagne.

Est-ce que tu te sens écouté·e et pris·e au sérieux ? Est-ce que tu peux ne pas être d’accord ? Dire que quelque chose ne te convient pas ? Est-ce que tes limites sont respectées ? Est-ce que tu as la sensation qu’on travaille avec toi, plutôt que sur toi ?

Si tu viens justement travailler ta capacité à te croire, à poser tes limites ou à prendre ta place, la manière dont ta parole et tes limites sont accueillies fait déjà partie du travail.

2. Un·e accompagnant·e situé·e et politisé·e

Pour moi, ça veut dire quelqu’un·e qui sait qu’iel ne regarde pas le monde depuis nulle part et qui ne va pas automatiquement transformer tout ce que tu vis en problème individuel à réparer.

Si ton « manque de confiance » se joue aussi dans des rapports de pouvoir, des discriminations, de la précarité, des normes sociales ou des relations dans lesquelles tu n’es réellement pas en sécurité, j’aurais envie que la personne en face soit capable de regarder ça avec toi.

Alors, EMDR, hypnose, TCC, thérapie systémique, pratiques narratives ou autre chose ? Les outils comptent et certaines approches te conviendront davantage que d’autres. Mais je chercherais moins LA thérapie qui donne confiance en soi que LA personne avec qui tu vas pouvoir comprendre ce qui se joue réellement pour toi.

Et puisqu’on parle de relation, il y en a justement une qu’on n’a pas encore vraiment regardée : celle que tu entretiens avec toi-même.

Et si avoir confiance en soi, c’était aussi pouvoir compter sur soi ?

Il y a une question que je pose souvent dans mes accompagnements : « Comment tu sais que tu peux faire confiance à quelqu’un ? »

Les réponses tournent souvent autour des mêmes choses. Cette personne tient parole. Elle respecte mes limites. Elle ne retourne pas mes vulnérabilités contre moi. Elle est là quand ça compte. Je sais, globalement, à quoi m’attendre avec elle.

Bref : elle est fiable.

Et je trouve ça intéressant parce que cette notion de fiabilité disparaît presque complètement quand on parle de confiance en soi.

On parle plutôt de se sentir capable, légitime, sûr·e de soi. De moins douter, moins avoir peur, davantage s’affirmer.

Mais si on appliquait à nous-mêmes une partie de ce qui nous permet de faire confiance aux autres ?

Rester « by my side » : apprendre à se croire, se soutenir et pouvoir compter sur soi

Est-ce que je m’écoute quand quelque chose ne va pas ? Est-ce que je prends mes émotions au sérieux ? Est-ce que je me prends tout simplement au sérieux ? Est-ce que je respecte mes limites ? Est-ce que j’abandonne immédiatement mon point de vue quand quelqu’un n’est pas d’accord avec moi ?

Et surtout : est-ce que je sais que je vais essayer de ne pas me lâcher quand les choses deviennent difficiles ?

Pour être tout à fait transparente, ces derniers mois, cette question est devenue beaucoup moins théorique pour moi.

J’ai longtemps eu plutôt confiance en moi. Pas une confiance spectaculaire ou inébranlable. Mais une sorte de certitude de fond : quoi qu’il arrive, je trouverai une manière de traverser. I got me.

Puis j’ai vécu une période professionnelle et personnelle qui m’a sérieusement fait perdre quelques points de vie sur 2025-2026.

Et je me suis rendu compte qu’on pouvait perdre confiance en soi sans soudain se croire moins intelligente, moins compétente ou moins intéressante.

On peut aussi perdre confiance parce qu’une expérience nous fait douter de notre capacité à nous protéger, à nous défendre, à rester de notre propre côté quand ça devient vraiment compliqué.

Et c’est probablement ça qui s’est le plus fragilisé chez moi. Je ne me suis pas soudain mise à penser : « Je suis nulle, je ne suis plus capable. » La question ressemblait plutôt à : « Est-ce que je peux encore compter sur moi quand ça devient vraiment difficile ? »

Pendant longtemps, ma sécurité intérieure n’a pas reposé sur l’idée que rien de grave ne m’arriverait. Elle ressemblait plutôt à : « Je ne sais pas ce qui arrivera, mais je trouverai une manière de traverser. » Et ces derniers mois, c’est cette deuxième partie qui est devenue beaucoup moins évidente.

Et il y a peut-être une différence importante entre avoir perdu sa capacité à traverser et avoir perdu la certitude qu’on en est capable. Je crois que je suis encore en train d’explorer cette différence.

Être sa propre meilleure amie : une autre façon de vivre la confiance en soi

Une phrase revient dans mes accompagnements : « J’aimerais réussir à être ma propre meilleure amie. »

Je l’aime beaucoup.

Parce que je ne demande pas à ma meilleure amie d’avoir toujours raison. Je ne lui demande pas de savoir se défendre parfaitement, de ne jamais se perdre ou de prendre systématiquement la bonne décision.

Et si elle traverse quelque chose de difficile, je ne vais pas l’engueuler ensuite parce qu’elle n’a pas réagi comme elle « aurait dû ».

Alors pourquoi la confiance en soi devrait-elle exiger ça de nous ?

Pouvoir compter sur soi pourrait aussi ressembler à : « Je ne peux pas te garantir que je saurai toujours quoi faire. Mais je vais essayer de ne pas t’abandonner avec ce qui arrivera. »

Et peut-être même : « Si je me perds, j’essaierai de revenir me chercher. »

Et parfois, ce n’est même pas qu’une métaphore. Dans certains de mes accompagnements et explorations émotionnelles, c’est littéralement ce qu’on fait : on revient chercher des bouts de soi laissés en chemin pour essayer de se rassembler à nouveau.

Pour moi, c’est aussi ça, travailler la confiance en soi.

C’est quelque chose que j’ai retrouvé dans le témoignage de Valérie, que j’ai accompagnée pendant plusieurs mois. Elle raconte que notre travail lui a permis de trouver davantage sa « juste place », mais aussi de mettre en place ses propres solutions.

Et ce dernier bout de phrase est particulièrement important pour moi.

Parce que le but n’est pas que tu ressortes de mes accompagnements en sachant ce que moi je ferais à ta place. C’est que tu puisses progressivement devenir quelqu’un sur qui tu peux davantage t’appuyer pour trouver comment tu veux agir.

Et finalement, le but d’une thérapie sur la confiance en soi n’est peut-être même pas de devenir « une personne qui a confiance en elle ».

Peut-être qu’il s’agit plutôt d’apprendre à suffisamment se connaître, se croire, se protéger, se rassembler et s’autoriser pour pouvoir agir sans attendre d’être parfaitement sûr·e de soi.

Thérapie et confiance en soi : à un moment, il faut aller voir ce qui se passe dehors

Je n’ai pas envie qu’on travaille pendant des mois sur une espèce de sensation abstraite de « confiance en soi », en attendant le jour où tu te réveilleras en te disant : ça y est, maintenant j’ai confiance en moi.

Comment tu sauras que quelque chose a changé ?

Qu’est-ce que tu feras que tu ne fais pas aujourd’hui ? Qu’est-ce que tu oseras dire, tenter, montrer, refuser, demander ? Qu’est-ce qui aura changé dans ta manière de te sentir avec les autres, de prendre ta place, de te positionner dans le monde ?

C’est ça qui m’intéresse.

Et pour le savoir, à un moment, il faut aller voir ce qui se passe dehors.

La confiance en soi peut être une conséquence de l’action plutôt que son préalable

Il y a une arnaque que je trouve particulièrement tenace : l’idée qu’il faudrait d’abord avoir confiance en soi pour pouvoir agir.

D’abord je règle mon manque de confiance. Ensuite je prends la parole, je pose ma limite, je montre ce que je crée, je demande une augmentation, je tente ce projet.

Sauf que ça peut aussi fonctionner dans l’autre sens.

Tu expérimentes. Tu te prépares. Tu essaies. Parfois ça marche, parfois c’est bancal. Tu découvres que tu peux survivre à un désaccord. Que tu peux dire non avec la voix qui tremble. Que tu peux montrer quelque chose sans être certaine de sa valeur.

Et ces expériences viennent à leur tour transformer la manière dont tu te perçois.

Tu n’as peut-être pas besoin d’attendre d’avoir confiance en toi pour agir. C’est aussi en agissant que la confiance peut se construire.

Thérapie et confiance en soi : soutenir le mouvement, pas le remplacer

Évidemment, ça ne veut pas dire : « bon bah vas-y, débrouille-toi dans le monde réel et reviens me raconter ».

La thérapie peut justement être l’endroit où on prépare ce qui va se passer dehors.

Si tu veux réussir à dire non à ta manager, on peut explorer ce qui te fait peur, préparer ce que tu veux lui dire, imaginer ses réactions, faire des jeux de rôle, réfléchir à ce dont tu as besoin pour te sentir suffisamment en sécurité.

C’est aussi là que mes outils d’auto-défense émotionnelle, mentale, verbale et intellectuelle peuvent entrer dans mes accompagnements.

La séance peut être un cocon. Et un terrain d’entraînement. Un endroit où on prépare, expérimente, débriefe, réajuste.

Mais ce qu’on travaille en thérapie doit aussi pouvoir sortir de la thérapie.

Parce que c’est une chose de réussir à poser une limite face à une accompagnante dont le métier est précisément de l’entendre. C’en est une autre de la poser face à ton père, ton collègue ou ton amoureux·se.

La confiance en soi ne se construit pas seulement en soi

Il y a quelque chose d’un peu étrange à vouloir réparer uniquement de soi à soi une confiance qui, bien souvent, ne s’est pas fragilisée de soi à soi.

On peut apprendre à douter de soi dans la relation. Parce qu’on a été moqué·e, humilié·e, exclu·e, harcelé·e, pas cru·e ou pas soutenu·e. Parce qu’on a appris que prendre la parole, être visible, dire non ou simplement être soi pouvait avoir un coût.

Alors peut-être qu’à un moment, le mouvement peut aussi nous emmener vers d’autres espaces : un groupe, un atelier collectif, une communauté, une association, un collectif militant.

Évidemment, le collectif n’est pas magique. Il peut lui aussi blesser, exclure et reproduire des rapports de pouvoir.

Mais il peut aussi permettre d’autres expériences relationnelles.

Prendre la parole et être écouté·e. Dire « je ne suis pas d’accord » et découvrir que la relation survit. Être vulnérable sans que cela soit utilisé contre soi. Entendre un « moi aussi » là où on se croyait seul·e. Ou un « viens, on le fait ensemble » là où on n’osait pas.

Ce qui a été fragilisé dans la relation peut aussi, parfois, se transformer dans la relation.

Et les autres peuvent réellement augmenter ce qui devient possible pour nous.

Alors, est-ce que faire une thérapie pour avoir davantage confiance en soi, c’est du bullshit ?

Pas vraiment. Mais disons qu’il y a de grandes chances pour qu’assez rapidement dans l’accompagnement, on arrête justement de travailler « ta confiance en toi ». 

Parce que « je manque de confiance en moi » nous donne un point de départ. Pas forcément le terrain.

Le terrain, c’est ce qu’on découvre derrière. Ce qui coince vraiment pour toi. Ce que tu n’arrives pas à dire, faire, tenter, refuser ou défendre. Ce qui t’empêche de pouvoir compter sur toi comme tu le voudrais. Et surtout, ce que tu aimerais rendre possible dans ta vie.

C’est là-dessus qu’on peut travailler. Comprendre ce qui t’en empêche aujourd’hui, bien sûr. Mais aussi construire des ressources, essayer d’autres manières de faire, aller voir ce qui se passe dans le monde quand tu bouges quelque chose, même légèrement.

Et regarder ce que ça change. Dans ce que tu fais, dans tes relations, dans la manière dont tu te regardes, mais aussi dans la place que tu t’autorises à prendre.

Et peut-être qu’au passage, sans même avoir passé des mois à essayer de « remplir ta jauge », tu te découvriras un peu plus capable de te croire, de te soutenir, de te protéger et d’agir.

Pas parce qu’on aura enfin réussi à fabriquer une version de toi suffisamment confiante pour vivre sa vie. Mais parce que tu auras commencé à faire l’expérience que d’autres choses sont possibles.

Bref : tu seras peut-être venu·e en thérapie pour avoir confiance en toi. Et on aura fini par travailler sur ta liberté d’agir.

Tu as envie de poursuivre l’enquête ?

J’ai créé Le P’tit Carnet de Déconstipation Existentielle pour continuer à aller gratter derrière les grandes réponses toutes faites.

Pas de « 10 exercices pour booster ta confiance en toi », promis.

Plutôt des questions pour regarder ce qui coince, ce qui ne te convient plus, ce que tu voudrais remettre en mouvement et ce qui est encore bien vivant sous toute cette constipation existentielle.

Tu peux le télécharger gratuitement ici et voir quelles questions viennent te chercher.